Le Sorcier : Contributeur Politip
par Le Sorcier le 8 juillet 2010 à 09:03

Tout d’abord, je tiens à remercier la rédaction de POLITIP pour cette initiative qui permet à des gens de mon espèce d’écrire sur un espace commun. J’ai un défaut, je suis relativement paresseux et n’ai aucunement la volonté de tenir mon propre blog. C’est dit !

Je suis sorcier, j’aime bien décrypter. C’est un mot tellement à la mode en ce moment. On décrypte un peu tout et n’importe quoi.

Je souhaite en réalité réagir au billet de Campeo (quel drôle de nom ?). En effet, il existe un décalage certain entre les femmes et les hommes politiques et Internet. Sans tomber dans l’anathème ni la facilité, prenons l’exemple qui agite actuellement le pays : l’affaire Woerth-Bettancourt.

Sortons un peu des sentiers battus et du manichéisme ambiant pour ne s’intéresser qu’à la forme (je crois que c’est l’objet de ce blog d’ailleurs).

Désignés coupable et attiseurs de braises, les blogs, tweets et plus généralement Internet, ont joué un rôle initiateur dans cette affaire. C’est  Médiapart, journal en ligne dirigé par Edwy Plenel, ancien du Monde, qui a propulsé Monsieur Woerth et Madame Bettancourt sur le devant de la scène médiatique.

Alors oui, Internet est un outil redoutable, qui peut s’avérer impitoyable si on n’en maîtrise pas les principales règles. La première d’entre elles est de contrôler sa signature numérique, c’est-à-dire les traces qu’on laisse en son nom sur la toile en commentant des articles, en s’inscrivant sur des réseaux sociaux, en se signalant sur des photos, en prenant part à des vidéos etc…. Je suis ainsi effaré de voir des parents inconscients qui déposent des photos de leurs enfants sur internet. Google ayant un mémoire d’éléphant, celles-ci resteront « ad vitam aeternam » sur le réseau. N’importe qui, pavé de bonnes ou de mauvaises intentions, pourra donc les consulter à sa guise. Idem pour les adolescents qui exhibent leurs exploits de soirées arrosées ou pire encore…

Et bien, c’est pareil pour nos politiques. Ils reprochent à Internet son appétit glouton pour le buzz, l’événement du moment, le temps court. C’est vrai. Twitter en est le parfait exemple. Le flux de petits messages narrant l’actualité de la seconde, au pire de la minute, fait fureur et passionne les internautes. Cependant, pour être totalement juste, les autres médias n’échappent pas à la règle : il suffit de brancher une radio d’information pour constater comment les faits sont décortiqués pour en soustraire des bribes qui feront office d’information morcelée minute par minute (« 12h45 : les Bleus vont arriver à l’aéroport. 12h53 : Ils arrivent. 12h55 : Machin sort du bus. 12 h59 : Puis Truc »….).

Or, dans le cas d’espèce de l’affaire du trésorier-ministre et de la milliardaire, le temps court a certes joué un rôle dans la montée en puissance de la polémique, mais pas seulement. Et c’est là que l’on s’aperçoit qu’Internet, désormais, joue aussi sur le temps long : ce que j’appelle la « mémoire temps-pont. » Je m’explique.

Tout est une histoire d’archives. Le temps court de la déclaration d’instant reste (cf signature numérique un peu plus haut) présent via des vidéos, des articles, des déclarations reprises sur Internet. Et c’est là que la bas blesse. Ce qui est blâmé aujourd’hui correspond à une mise en perspective des allégations clamées y a plusieurs année. Typiquement, dans le cas présent, l’affirmation volontaire du Président de la République sur la République irréprochable revient comme un boomerang à l’heure des affaires présumées de financement et de conflit d’intérêt. Voilà donc l’effet du temps long numérique. Il existe sur Internet autant de preuves et de fermes intentions qui pourront être utilisées contre leurs émetteurs le moment venu. Ce phénomène de mise en abîme est d’autant plus puissant que tout un chacun peut accéder rapidement à l’information d’origine et la comparer avec l’actualité.

Attention donc à la gestion de ce décalage. La conjugaison des « temps » devient stratégique. Elle a déjà été utilisée contre le gouvernement lors de l’abandon de la taxe carbone, le bouclier fiscal etc… Je suis aujourd’hui très curieux de voir si, comme Monsieur Hamon et Madame Aubry l’ont affirmé haut et fort, le salaire présidentiel, la réforme des retraites seront immédiatement remis en cause si le PS prend le pouvoir en 2012. Là aussi, les envolées lyriques de l’instant seront mises en face de la réalité du moment.

Restons à l’écoute.


4 commentaires sur “Mémoire temps-ponts”

  1. jerome manin dit :

    Très bon, je me suis régalé et la chose mérite un développement, un vrai travail pour un paresseux relatif :-)
    M. Gardiès, professeur de « télévision » nous proposait de regarder des journaux de 20heures environ un an après leur diffusion… Exercice passionnant, il ne restait que la forme et des éléments dits factuels que l’on pouvait adapter à n’importe quel sauce, ils s’avéraient un excellent combustible pour faire feu de tous bois.
    Maintenant on peut sortir quelques conseils pour nos communicants
    - Il ne faut pas faire pipi contre le vent.
    - N’attache pas ce que tu veux jeter avec un élastique.
    - Un bout de bois lancé peut revenir même si ce n’est pas un boomerang dans la mesure où celui qui l’a pris sur la tronche à de la mémoire.

    Merci Sorcier.

  2. Rédaction dit :

    Un bon article très « Politip ». Merci pour cette contribution qui se place bien dans le projet de ce blog. N’hésitez surtout pas à continuer !

  3. Très fine analyse de la manipulation des masses au travers des médias, tout en sachant que gauche ou droite manie habilement la même dialectique pour nous mener vers des modifications inverses voir statiques. Un petit détail insignifiant, mais avant tout nous sommes français : La formulation exacte d’une de vos phrases est  » Là où le bât blesse  »
    Merci de nous donner à réfléchir, cher Sorcier.

  4. Le Sorcier dit :

    Merci Aline d’avoir pris le temps de lire ma prose et pour le bât c’est OK je ferai gaffe la prochaine fois ;-)

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