Stilman : Contributeur Politip
par Stilman le 21 juin 2010 à 19:54

Tout le monde a poussé son coup de gueule.

Les pétitions circulent, les demandes de dons d’argent s’affirment. Tous les mots et expressions ont été employés : honte, caprices, déconnexion face à la réalité, manque de maturité, salaires trop élevés, manque d’éducation, équipe de voyous, de racailles même….

Pas la peine d’en rajouter non ? Et puis je ne vois pas pourquoi je me lance dans ce type de billet sur l’équipe de France de football. La rédaction de Politip me l’a encore répété, les sujets abordés doivent rester politiques….Soit. C’est juste.

Pourtant, aujourd’hui, toutes les personnes que j’ai rencontrées ne parlent que de ça. Que de ça ! J’avoue qu’à la fin ça devient très pénible mais je me dis que les gens, les citoyens ont besoin d’évacuer. Ils se sentent bafoués. Ils ont honte. Ils ne souhaitent pas que l’image renvoyée par cette équipe leur colle à la peau. Ils refusent que l’on ne retienne que ça de la France en ce moment….

Et puis, au détour d’une discussion, il y a eu cette remarque qui a attiré mon attention… Pas de raccourci vite fait mais un malaise profond, un sentiment d’injustice. Je m’explique, ou plutôt, je retranscris modestement les propos de cette personne visiblement bouleversée et sincère.

Jeudi 17 juin , l’équipe de France (j’allais dire « la France »….) perd son deuxième match du mondial contre un Mexique fort brillant au demeurant.

Samedi 19 juin, éclate « l’affaire » Anelka, expulsé du groupe pour avoir visiblement proféré des injures envers son entraîneur (on dit « coach » chez ces gens-là).

Dimanche 20 juin, apothéose, pas la peine de revenir dessus, inutile et vain.

Rien ne s’est passé vendredi ? Si.

Quelqu’un qui était très certainement, supporter des Bleus, qui devait, j’en suis sûr, regarder les matchs avec ses potes. Quelqu’un pour qui le parcours sportif de l’équipe représentant son pays avait, j’imagine, un sens et lui apportait une joie momentanée, un espoir particulier….ce supporter a tiré sa révérence.

Steeve Cocol est le 44ème soldat français mort en Afghanistan. Mort pour un pays, pour une cause. Il ne faisait pas grève, ne se plaignait pas de son paquetage, n’avait aucun sponsor, ne traînait pas la patte quand on l’envoyait faire le job, ne faisait pas de caprice de star, ne parlait pas à ses camarades avec distance, le MP3 sur les oreilles…

Or, celui-là mérite sans doute plus la peine qu’on lui accorde de la place dans les journaux, dans les débats, dans nos esprits que les futiles états d’âme d’enfants trop gâtés.

Voilà, je voulais juste vous faire partager ce sentiment. La confrontation de deux mondes totalement opposés. L’équipe de foot, comme le brigadier du 1er RHP, défendait nos couleurs. Ils avaient des âges très proches. Le second avait sûrement beaucoup de plaisir à penser que les premiers allaient se battre pour leur maillot et faire un parcours exemplaire dans ce mondial.

S’il savait…


8 commentaires sur “« C’est un trou de verdure où chante une rivière… »”

  1. Rédaction dit :

    Exceptionnellement…

  2. ed72 dit :

    Ah voilà quelqu’un de censé….quelqu’un qui pense a une personne pas encore enterré et pourtant presque oublié par la FRANCE… cet FRANCE pour qui « NOTRE » steeve c’est battu, a perdu la vie….
    Un jeune toujours de bonne humeur….toujours pret a rendre service …….
    Merci pour ce long et réel texte….
    Steeve n’est pas assez important au yeux de la FRANCE…tout comme les 43 soldats français mort avant lui pour cette guerre sans fin qui ne ns concerne malheureusement pas…….
    C’est vraiment une tristesse de voir ou en est la FRANCE

  3. Sébastien GAUJON dit :

    L’occasion d’éclairer ce manque de reconnaissance dont souffre nos camarades qui se battent sur d’autres fronts, qui ne connaissent que médiocrement notre salut. Hommage à ces hommes qui accomplissent leur devoir sous les drapeaux sans savoir ce qu’est la soiffe de l’Or.

  4. jerome manin dit :

    Rien à ajouter.

  5. Elue Opposition dit :

    Bonjour,

    Très beau texte,
    aussi touchant que le poème de Rimbaud.

    Les Bleus se font appeler Arthur ; à savoir se font gronder.
    Or l’origine de cette expression serait la suivante :
    Elle daterait de 1920 et serait liée à l’argot où un arthur désignait un proxénète, sans qu’on sache vraiment pourquoi.

    Et grâce à votre texte, je relis… Le Dormeur du Val.
    Triste poème, triste situation.

  6. Tiens je crois que tu m’avais parlé de ce blog l’autre soir mais j’y étais pas encore allé. Bien foutu, avec des têtes connues (de moi en tous cas). Bravo.

  7. Rédaction dit :

    @ Elue Oposition, @Jérôme, @ Romain, @ed72, merci pour vos commentaires et encouragements.

  8. Cocol L. dit :

    Merci, merci milles fois pour ce texte. Je le découvre un peu tard, mais je me dois d’y laisser une trace.

    Je suis la cousine de Steeve, et je trouve que les Soldats français, envoyés au front, sont bien trop souvent délaissés, ignorés et oubliés.
    En ce Juin 2010, le décès de mon cousin n’a eu le droit qu’à 30 secondes au JT, tandis que les bleus avaient le droit à bien plus de 10 minutes consacrés à leurs « exploits » !

    Le président, dit chef de l’armée française, ne c’est même pas présenté à l’Hommage funèbres rendu à mon cousin, non, on a appris plus tard qu’il recevait thierry henry à l’élysée !! Une honte !

    Des hommes se battent pour défendre les valeurs d’un pays, le notre. Certains y laissent leurs vies, et non aucune reconnaissance.

    Steeve, my dear Cousin, je ne cesserai jamais de le dire et répéter chaque jours, You’re maybe gone, but you’re never over. Still in my heart.

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