par Doux-Dingue le 3 novembre 2010 à 22:27
Il existe dans la panoplie du commentateur de blog des arguments passe-partout qui sont sensés apporter, par la formulation d’une pensée globalisante, un terme vainqueur et définitif à toute discussion. Tels les 7 piliers capiteux d’une bonne philosophie de comptoir :

1 – Le « celui qui dit qui est ». Le renvoi en bloc de tous les arguments réexpédie toute critique à celui qui l’énonce. Le coté puéril de la réplique énonce une évidence accessible à tous autant que l’idée d’une vérité renforcée par la simplicité de l’argument « c’est celui qui dit qui est ». C’est la suprême fumisterie de l’argumentaire.
2  - Le « payé par la partie adverse ». Il s’agit d’une double condamnation du propos : subordonnant l’action au versement de subsides, la critique devient l’expression d’un intérêt uniquement et bassement vénale, cela justifie ensuite une attitude paranoïaque, parce que l’adversaire est forcement porteur d’une volonté de nuisance et non de dialogue.
3 – Le « rester dans la forme ». Lorsque l’on a admis que le corpus dogmatique que l’on défend est la source de la vérité et son fondement, toute critique, tant qu’elle ne vient pas abonder dans le sens du dogme reste dans le registre de la forme, y compris si elle n’est que la description de faits. La seule manière d’être dans le fond serait dans ce cas de reconnaître les vérités dogmatiques.
4 – L’indignation face à l’insulte. En deux temps ; on s’indigne d’une critique ou plus généralement de ce que l’on suppose que l’autre a voulu dire. (Voire de ce qui lui aurait échappé parce qu’il ne se contrôle pas). On justifie ainsi un procès d’intention avec l’axiome que la critique entendue est une insulte d’autant plus forte qu’il y aurait volonté de dissimulation. On peut ainsi demander réparation de l’insulte supposée et, dans tous les cas, considérer le procès d’intention comme une vérité avérée. Il est intéressant de constater que ce procédé s’affranchit totalement des propos énoncés et que l’on peut l’appliquer à n’importe quoi. Le registre de l’indignation ouvre, de plus, un espace lyrique qui s’auto justifie sans borne, où l’insulte et l’outrance apparaissent quasi légitime en réparation des dommages causés par les intentions du propos initial.

5 – La question sans réponse. On pose une question demandant à l’autre de se déjuger, un l’archétype serait « Est-ce vrai que vous avez tort ? ». Dés lors, toute réponse qui ne va pas dans le sens de l’interlocuteur qui reconnait ce qui lui est reproché est présentée comme un refus de réponse. Cela justifie de reposer la question en assimilant l’absence de réponse à une preuve qui valide l’accusation portée par la question.

6 – Le détail qui doit tuer. Cela consiste à demander une précision sur un chiffre ou un mot en dehors de tout contexte. On suppose évidemment que celui qui évoque le détail connaît la réponse sans ambiguïté. A partir de là, le contradicteur est dans l’impossibilité de justifier un élément isolé qui ne sert qu’un argument tenu secret et à charge. On peut présenter ensuite l’ensemble de ces détails isolés comme un faisceau d’indices cohérent et faire passer l’interlocuteur pour quelqu’un qui ne connaît pas le sujet. Le procédé fonctionne d’autant mieux que le détail est insignifiant.

7 – La référence absolue. Il s’agit de faire référence à un élément historique ou d’actualité qui appelle une condamnation sans appel, on place ainsi l’interlocuteur en devoir de justifier un acte injustifiable dont il n’est pas l’acteur. La référence absolue assure au passage une assimilation de l’interlocuteur aux acteurs de la référence. Le point Godwin est une des occurrences les plus convenue.

Ces 7 ressorts fatigués de la discussion ont trouvé leur expression la plus aboutie dans les commentaires de blog. Plus ou moins finement utilisés, ils sont systématiques pour une certaine catégorie très formatée de commentateurs.
S’ils continuent à générer du bavardage et du commentaire au mètre, ils n’en sont pas moins de grossiers refus d’argumentation, des impasses et des aveux de faiblesse.
Aussi je vous invite lorsque votre interlocuteur utilise l’une de ces ficelles à ne pas entrer dans un labyrinthe sans sortie mais à lui signifier que son procédé est éventé et qu’il lui est possible de revenir au sujet.

« Le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. » Roland Barthes

5 commentaires sur “Sept bonnes manières convenues d’être de mauvaise foi sur un blog politique.”

  1. Rédaction dit :

    Il était temps que le dengue nous atteigne !

  2. dinguo dit :

    en même temps Doux Dingue Manin, ces critiques qui vous sont adressées ne manquent pas de fondement. Vous êtes court sur le fond et souvent dans l’insulte.

  3. Battling dit :

    Excellent prestation mon bon Jm.

    J’aurais apprécié que tu nous renvois vers les blogs concernés pour chacun des petits travers…. Cela aurait été appréciable.

  4. jerome manin dit :

    @Battling. Dans ma tentative d’être générique et atemporel, des références que tout le monde connait n’aurait pas apporter grand chose. :-)

  5. Battling dit :

    Nostalgie de la place du marché et poésie parfois de commentaires inspirés

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