Yann : Contributeur Politip
par Yann le 15 juin 2010 à 20:05

On a beaucoup parlé des dernières élections législatives en Belgique. Elles ont vu, comme chacun le sait, la victoire du parti flamand indépendantiste N-VA. Voilà la Belgique à nouveau plongée dans une période de crise politique et identitaire, à la veille de présider l’Europe.

J’ai lu de nombreux commentaires qui anticipaient déjà le rattachement de la Wallonie à la France… Ils avaient au moins le mérite de satisfaire un chauvinisme étroit s’appuyant sur des sondages n’engageant que trop peu ceux qui répondaient. Pour simple rappel, le thème du rattachement à la France n’a pas fait recette dans les urnes : le parti Rassemblement Wallonie-France (RWF), qui prône depuis vingt ans le rattachement à la France, n’a recueilli que 0,6% des votes des électeurs francophones aux élections législatives…Mais laissons de côté l’utopie post-impériale et revenons au N-VA.

Mais qui est vraiment ce parti grand vainqueur des législatives ? Que propose-t-il ?

Des idées tout d’abord. Elles sont simples : l’indépendance de la Flandre qui ne doit plus payer pour le laxisme des wallons, éternels assistés du système social. Passons sur les détails administratifs et le fait de proscrire la langue française… D’après le N-VA, la Flandre serait ainsi prête à vivre en totale autonomie sans ses cousins wallons. Bref, la scission, l’explosion de l’unité belge déjà compliquée à créer, puis à maintenir. Le parti prône ainsi une « évaporation » de la Belgique.

Un homme ensuite : Bart De Wever. Dynamique, anti-royaliste, indépendantiste, il a le mérite certain d’avoir permis à son parti d’obtenir les 30% dimanche dernier. Volontairement provocateur (il se présente chez le roi sans cravate contrairement aux usages), il essaie néanmoins de nuancer ses propos pour mieux séduire.

Or, même si la N-VA est sans conteste le grand vainqueur des élections de dimanche, même si Monsieur De Wever dit à qui veut l’entendre que les flamands doivent et peuvent prétendre à l’autonomie, ce duo est en réalité un colosse aux pieds d’argile.

Tout d’abord, le N-VA ne dispose que de très très peu de militants. Peu de réunions, peu de représentations locales, pas de sections représentatives. Il sera difficile de porter des idées et de bouger la population sans relais et maillage local.

Ensuite, De Wever a mené une campagne très personnelle. Préférant volontairement l’exposition médiatique jugée plus efficiente que le terrain et les meetings, il a acquis sa notoriété très (trop ?) vite. Cette sur-médiatisation et ce parcours rapide et atypique pourraient, à terme, l’isoler et lui faire perdre le lien avec ses électeurs qui restent beaucoup plus modérés que lui.

En effet, quand on regarde de près les enquêtes d’opinion, les « habitants de Belgique » se révèlent beaucoup moins prompts au séparatisme que De Wever… Mieux, personne n’y croit vraiment. Le message passé est plus une volonté de changement, de réformes, qu’un disparition pure et simple de la Belgique. Pas simple à gérer à l’avenir au regard du discours affiché.

Dernier détail, les flamands auront bientôt plus besoin que prévu de leurs amis wallons : la natalité flamande étant en berne, celle des wallons en pleine forme, les premiers auront sûrement besoins des seconds pour financer leurs retraites !

Pour conclure, même si les élections de dimanche provoquent un séisme en Belgique, l’indépendance et la scission clamées par le N-VA et ses chefs ne sont pas forcément à l’ordre du jour, même si des changements radicaux seront nécessaires pour cimenter à nouveau l’unité du pays.


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Catégories : Analyses |
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3 commentaires sur “Pas si sûr que les flamands volent de leurs propres ailes…”

  1. Delahaut Theo dit :

    J’ai travaillé 48 ans en usine dans la région liégeoise, j’ai assisté à l’évolution des flamands travaillant en Wallonie, en 1960, ils parlaient français, même parfois entre eux, en 2000, si vous parliez avec un flamand, celui-ci parlait français, si un autre flamand vient se joindre à la conversation, ils parlent flamand et vous pouvez partir vous n’existez plus. Et tout cela en Wallonie alors qu’en Flandres, il y a obligation de parler leur patois.
    Coupons leur donc l’eau, ou multiplions le prix par 100. Comme cela, ils mourront de soif avant de périr noyés.

  2. Rédaction dit :

    Bonjour,
    Merci pour votre réaction depuis la Belgique. Il est toujours plus intéressant d’avoir des témoignages de personnes au plus proche de la situation actuelle.
    A très bientôt

  3. [...] Pas si sûr que les flamands volent de leurs propres ailes… [...]

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